—Oui, madame... C’est qu’un obus, une grenade, les gaz m’atteignent dans ma vue qui est mon bien le plus précieux! Vous allez me trouver lâche, madame, mais si pareil malheur m’atteignait, je crois bien que je n’aurais pas le courage d’accepter le supplice d’une nuit éternelle...
Père intervient:
—Guisane!... Guisane! Ne dites pas d’insanités! Voyez, vous bouleversez cette petite madame.
C’est vrai. Son accent était si convaincu que j’ai senti en moi la sourde angoisse qui hante son intrépidité. Je suis devenue tellement nerveuse...
Il me sourit, la mine contrite:
—Madame, vous me rendez tout à fait confus de vous avoir fait l’aveu de ma faiblesse à laquelle, je vous prie de croire, ma volonté met bon ordre. Mais vous l’excuseriez, si vous saviez quelle ivresse me donnent la forme, les lignes, les couleurs surtout!... J’adore la couleur! Écrire, certes, m’intéresse... Mais parce que c’est peindre aussi, ce que je vois... ce que je sens... Même au front, je suis harcelé par ce besoin de crayonner, tout au moins, ce qui attire mes yeux: types, paysages, scènes...
—Et vous avez pu le faire?
—Oh! madame, est-ce que l’on n’arrive pas toujours à réaliser ce que l’on souhaite impérieusement?...
Il s’arrête. Son regard m’enveloppe toute, l’expression changée. Un éclair de gaieté malicieuse y flambe et il finit:
—Aussi, je succombe à la tentation de vous confesser un désir très hardi que je nourris, en mon for intérieur, depuis que nous vivons en bonne intelligence...