— Vous avez raison ! J’adore les violettes !… Merci beaucoup d’avoir pensé à m’en apporter. Oh ! merci…

Et vraiment, elle était si contente de cette attention de Georges, qu’elle en oubliait une seconde son chagrin ; puis elle éprouvait un étrange plaisir à voir qu’il se souvenait encore de leurs causeries au Castel.

André Vilbert, immobile près de Suzy, avait suivi toute la scène ; et son regard sérieux enveloppait le groupe formé par Georges et Suzy : lui, avec son allure aristocratique, elle, fine et élégante, toute mince dans sa longue casaque de voyage.

Ah ! ils étaient bien du même monde tous les deux ! Et André se sentit horriblement découragé, constatant quelle différence existait entre lui, si gauche, et ce beau garçon dont le fier visage se détachait de l’épaisseur du col de fourrure.

Dans la gare, c’est maintenant une agitation fiévreuse, un roulement perpétuel des chariots de bagages ; un mouvement d’employés qui circulaient, l’air important sous leur casquette galonnée. Des voyageurs passaient, affairés, s’appelant, s’engouffrant dans les wagons où la température se faisait plus tiède ; et la machine haletait, prête à s’élancer.

— En voiture, messieurs, en voiture !

— Mon Dieu ! murmura Suzy, rejetée brusquement dans la sensation que l’instant cruel était arrivé.

Si, en cette minute, André lui eût fait la même demande que cinq jours plus tôt, oh ! elle n’aurait plus hésité… Oh ! non !

Du fond du cœur, il lui jaillissait une envie folle de crier à André :

— Gardez-moi ! gardez-moi ! Je vous épouserai ! Mais gardez-moi ! ne me laissez pas partir !