D’une étreinte passionnée, presque furieuse, Suzy enlaça une dernière fois sa mère.

— Maman, ma chérie, je vous aime ! je vous aime ! je vous aime !

Puis elle monta dans le wagon et resta debout, contemplant à travers la vitre, jusqu’au dernier moment, le visage de Mme Douvry, ne sentant même plus son chagrin tant son âme était absorbée dans cette dernière vision qu’elle voulait emporter de sa mère…

Soudain, un coup de sifflet strident et prolongé déchira l’air. Puis le train s’ébranla lourdement, tandis qu’un jet de fumée s’échappait de la locomotive en un panache épais.

Suzy, droite derrière la glace, demeurait immobile, regardant toujours. Mais quand elle ne put plus rien distinguer, quand la gare ne fut plus qu’un point lumineux toujours plus petit dans l’obscurité de la nuit, alors elle eut l’entier sentiment de la séparation accomplie ; et, prise d’une affreuse impression d’isolement, elle éclata en sanglots désespérés, oublieuse de tout dans sa détresse, même de lady Graham.

La jeune femme la considérait, pleine de pitié, un peu embarrassée aussi devant cette explosion de chagrin qu’elle n’avait pas prévue. Puis, tout à coup, entraînée par un mouvement spontané, elle se pencha vers Suzy et l’embrassa tendrement.

— My darling, ne vous désespérez pas ainsi !… Si vous saviez combien j’ai de regret d’avoir insisté pour vous emmener ! J’en suis si fâchée ! Ne pleurez pas de la sorte… Si vous êtes trop malheureuse à Cannes, je vous reconduirai à Paris, je vous le promets.

Suzy releva la tête et rencontra le regard ému de lady Graham. Elle comprit que la jeune femme était bonne, sincèrement bonne, et son jeune cœur, avide d’affection, se sentit soudain moins oppressé. Puis son énergie fière se ranimait, la soutenant. Elle se rappelait ses résolutions de vaillance ; et, essayant de se ressaisir, elle dit faiblement avec une ombre de sourire :

— Ne vous tourmentez pas, lady Anne. Tout à l’heure, je serai plus courageuse… C’est le premier moment seulement.

Lady Graham caressait toujours la petite main tremblante qui serrait la sienne.