— Avez-vous eu des nouvelles de Mlle Suzanne ? madame, demanda-t-il, prenant le siège que Mme Douvry lui indiquait près d’elle.

Il n’ajouta pas que c’était dans l’unique but d’en avoir qu’il était venu ce soir-là chez Mme Douvry.

— J’ai reçu ce matin une lettre de Cannes qui m’a réconfortée. Heureusement, l’exil de ma pauvre Suzy a beaucoup de douceurs et elle a été toute contente d’entendre parler de nous par M. de Flers… Mais il paraît que je sais bien mal dissimuler, car, en dépit de mes soins, je laisse deviner à Suzy mon souci croissant.

— M. Douvry n’a-t-il encore rien en vue ? interrogea André avec un vif intérêt.

— On lui propose plusieurs positions absolument inacceptables et dans des conditions dérisoires, répondit Mme Douvry, laissant tomber son ouvrage d’un geste de suprême lassitude. La seule qui serait avantageuse nous entraînerait à Saïgon, et nous ne pouvons songer à y emmener les enfants. Ils ne supporteraient pas le climat !

André jeta un regard sur le visage délicat de Mme Douvry, songeant qu’elle non plus ne pourrait guère résister à l’épuisante chaleur. Mais il n’osa rien dire, car, changeant tout à coup de ton, Mme Douvry reprenait, presque gaiement :

— André, je ne m’en étais pas encore aperçue… Est-il possible !… Vous êtes en tenue de soirée !… Allez-vous donc dans le monde ?

Il eut un sourire qui mit une singulière clarté sur son visage austère.

— Vous ne vous trompez pas, madame. Je sacrifie ce soir à Satan et ses pompes, dit-il d’un ton de confusion drôle. J’ai reçu une invitation pressante de mon illustre professeur des Beaux-Arts, Hugues Mersen, et je me suis laissé faire violence.

Mme Douvry le considérait tout amusée, l’esprit un instant détendu.