Un mot de Germaine ramena ce malencontreux sujet, après le dîner, tandis que les hommes fumaient dans le billard.

— Eh bien, maman, avez-vous découvert une combinaison pour recevoir Gladys ?

— Certes non ! Je ne sais à quoi me résoudre !… Je ne vois aucun arrangement convenable !… Et j’en éprouve d’autant plus de contrariété que lady Graham est une femme charmante, une nouvelle relation pour moi, que je désire beaucoup lui être agréable… Mais la seule pièce possible à offrir était la chambre de Suzy et je ne puis en disposer !…

Elle avait parlé d’une façon irréfléchie, emportée par son impatience, sans songer que Suzy l’entendait. Mais l’aveu n’en était que plus expressif.

La jeune fille tressaillit. Une rougeur lui empourpra le visage ; et dans la révolte de sa fierté, toutes ses hésitations disparurent. Bravement, elle dit, forçant un petit sourire à éclairer ses lèvres :

— Ma tante, rien ne me serait plus facile que de partir demain. J’ai bien profité de votre bonne hospitalité et je serais très heureuse de pouvoir vous obliger aussi facilement…

Sa voix fraîche avait résonné très nette. Mme Arnay la regarda un peu embarrassée ; au fond du cœur, enchantée de voir qu’elle allait au-devant de son secret désir.

— Mais, mon enfant, je serais désolée de te voir revenir à Paris plus tôt qu’il n’était convenu…

Le ton de Mme Arnay était d’une parfaite politesse, car son instinct de femme du monde ne l’abandonnait jamais, mais il manquait tout à fait de conviction. C’était par pure convenance qu’elle n’acceptait pas, aussitôt faite, la proposition de la jeune fille.

Suzy le sentit, et ses paupières devinrent lourdes comme si des larmes s’y amoncelaient. Mais elle continua pourtant :