— Je vous en prie, ma tante, acceptez sans scrupule ma proposition. Maman, je le sais bien, sera fort heureuse de recevoir une dépêche lui annonçant que j’irai l’embrasser quelques jours plus tôt.
— C’est vrai ! C’est vrai… fit Mme Arnay qui ne protestait plus. Puis, ton oncle se rend demain à Paris pour une réunion d’actionnaires… Tu voyagerais avec lui. Ce serait…
Elle corrigea sans même s’en apercevoir :
— Ce sera très bien ainsi.
Des profondeurs du fauteuil où elle était pelotonnée, Mme de Berly approuva :
— C’est en effet la meilleure combinaison. Suzy est raisonnable, elle ne tient pas outre mesure à vos mondanités et ne se plaindra de retrouver son cher home !… N’est-il pas vrai ? Suzy.
— Oh ! certainement ! répliqua la jeune fille avec une imperceptible amertume dans la voix.
Sans doute, elle était raisonnable, comme le disait si bien Mme de Berly. Mais enfin elle possédait seulement la sagesse de ses dix-huit ans… Ce dont personne ne paraissait se douter.
Germaine, cependant, en sa qualité de jeune fille, eut l’intuition du regret que pouvait éprouver se cousine. Mais elle était trop insouciante pour s’y arrêter, et, de plus, la pensée de Gladys l’occupait toute. Elle dit avec étourderie :
— Quel dommage, Suzy, que tu partes juste au moment où nous allons avoir tant de plaisirs au Castel !