Suzy s’efforça de sourire gaiement.

— Que veux-tu ?… Il est mieux, je crois, qu’il en soit ainsi. Après tant de distractions, ma vie à Paris m’aurait peut-être paru bien monotone !

Georges de Flers, qui en compagnie de M. de Berly avait abandonné le fumoir, se retourna brusquement aux paroles de Suzy.

Et comme Mme Arnay appelait Germaine pour lui demander un renseignement, il se rapprocha de la jeune fille, restée un peu à l’écart.

Accoudée sur la table, elle feuilletait un album de vieilles gravures ; et la lumière de la lampe, rose à travers l’abat-jour, baignait d’une clarté douce son profil devenu pensif, où les lèvres avaient pris une petite contraction triste.

— J’ai mal compris, n’est-ce pas ?… Il n’est pas vrai que vous avanciez votre départ ? demanda-t-il d’un ton de vif intérêt qui détendit tout à coup le cœur de Suzy.

A aucun prix, elle n’eût voulu laisser supposer qu’elle quittait le Castel parce qu’elle s’y sentait gênante.

— Vous avez bien entendu, au contraire. Mais je ne puis le regretter : maman était désireuse de me revoir, et moi, je suis toujours heureuse auprès d’elle ! fit-elle sans lever les yeux, continuant de tourner les pages du livre.

— Suzy en moins, tout s’organise très bien ! fit tranquillement, à l’autre bout du salon, Mme Arnay, très occupée des arrangements qu’elle discutait avec ses filles.

Georges de Flers releva la tête, secoué par un tressaillement brusque, aussi froissé que si lui-même se fût senti importun, d’autant plus qu’à cette heure, il était réellement séduit par le charme délicieux de Suzy.