Elle n’avait pas bougé, le regard toujours attaché sur les gravures ; mais ses lèvres tremblaient un peu…
Il se pencha vers elle, et, respectueux, la voix légèrement assourdie, avec une intonation presque affectueuse, il dit :
— Voulez-vous me permettre, mademoiselle, de vous assurer qu’il me semble très… dur, de n’avoir aucunement le droit d’insister pour que vous prolongiez votre séjour ici ?
Cette fois, elle leva vers lui son regard clair et un frêle sourire lui vint aux lèvres :
— Je vous remercie de me dire cela ! fit elle de sa jolie manière franche. C’est un enfantillage de ma part ; mais j’aime bien à me sentir regrettée !
— Vous le serez beaucoup ! répliqua-t-il avec une spontanéité qui amena une légère flamme sur les joues de Suzy.
Jamais Georges de Flers ne lui avait encore ainsi parlé, surtout avec cet accent. En cette minute, où une impression d’isolement l’étreignait, elle en éprouva une étrange douceur, presque une joie ; et dans un brusque élan de gratitude, son jeune cœur s’entr’ouvrit soudain à celui qui avait compris sa détresse.
Sur la prière de sa tante, tout à fait rassérénée et fort gracieuse, elle était allée, comme chaque soir, s’asseoir au piano ; et, comme chaque soir aussi, Mme Arnay, après avoir beaucoup insisté pour entendre de la musique, n’écoutait pas et causait avec ses filles.
Dans le billard, les hommes exerçaient leur adresse en des coups très savants et le bruit sec des billes qui se heurtaient troublait parfois le jeu de Suzy.
Georges de Flers, réclamé par M. de Berly, avait été les rejoindre. Mais quand résonnèrent les premières notes d’une romance de Schumann, il rentra dans le salon et vint prendre place dans le fauteuil placé à l’ombre du piano à queue.