— Pourquoi me dites-vous cela ? mère, fit-il malgré lui.

— Parce que c’est ma pensée constante, mon fils. Je voudrais te voir un foyer. Tu as vingt-sept ans. Quand un homme arrive à ton âge, il est bon qu’il songe à se créer une famille. Ton père était plus jeune quand nous nous sommes mariés, et notre vrai bonheur à tous deux a commencé du jour où nous avons été unis. Mon fils, je voudrais te voir heureux ainsi.

André ne répondit pas. Devant ses yeux, subitement apparaissait le salon de la rue de Prony, Suzy assise devant le feu, son profil charmant découpé sur la lumière rouge des flammes.

— Pourquoi ne me dis-tu rien ? André, reprit Mme Vilbert. As-tu quelque raison de repousser ma demande ?

— Non, mère, vous allez au-devant de mon plus cher désir, dit-il avec une vibration profonde dans la voix.

Mme Vilbert releva un peu la tête et regarda le mâle visage de son fils, sa haute stature dont la clarté de la lampe dessinait les lignes vigoureuses. Une naïve fierté lui gonfla le cœur.

— Le jour où tu le voudras, André, tu trouveras femme bien vite. Tu es un beau garçon comme l’était ton père !

André fit un mouvement pour arrêter Mme Vilbert. C’était une ironie pour lui de l’entendre parler de la sorte… Mais elle ne vit pas son geste et continua :

— Laisse-moi te chercher, ici, une fiancée, mon enfant. C’est une grâce que je te demande, un peu pour moi, parce qu’ainsi, j’aurai l’espoir de te voir plus souvent à Amiens…

Elle s’exprimait la voix un peu anxieuse, craintive de l’effet que sa prière produirait sur son fils. Mais son accent était plein d’une tendresse émue.