Elle était là devant lui, le regardant de ses grands yeux clairs où luisait une flamme de gaieté.
— Je vous voyais très entourée et je n’osais aller encore vous présenter mes humbles hommages ! fit-il avec une imperceptible amertume dans la voix, qu’elle ne remarqua pas.
Elle répliqua d’un ton de reproche amical :
— Votre excuse est si mauvaise, que je ne l’accepte pas du tout !… Y a-t-il longtemps que vous êtes ici ?… J’ai bien le droit de faire toutes les suppositions, puisque si je n’étais venue vous trouver, vous vous montriez capable de rester ainsi toute la soirée enfermé dans votre solitude ! Vous savez que c’est très mal d’agir ainsi !
Il sourit un peu, la voyant si vive et si gaie. On eût dit qu’un souffle de joie errait autour d’elle.
— Je suis arrivé pendant que vous étiez au piano… Vous avez admirablement joué !
— Vraiment ?… Vous le trouvez, sans compliment ?… Alors, je vais joindre vos félicitations aux seules dont je veuille me souvenir ce soir !
« Lesquelles ? » pensa André. Il n’osa rien demander ; mais, encouragé par l’accent d’amical abandon de la jeune fille, il dit presque malgré lui :
— Autrefois, vous réserviez cette mélodie russe pour vos amis !
Une indéfinissable expression passa dans les yeux de Suzy. Elle secoua la tête :