— Pourquoi ce « oh ! » d’épouvante ? Mais oui, d’épouvante, répéta-t-elle avec un rire joyeux. Je suis sûre qu’en votre qualité commune d’artistes, vous vous entendriez très bien. M. de Flers vous ferait admirer les tableaux que lady Graham a transportés ici, de sa collection de Londres. Ah ! le voici justement qui passe… Monsieur de Flers !

Georges s’arrêta, cherchant qui l’appelait, et aussitôt, vint à elle.

— Monsieur de Flers, puisque l’on ne danse pas encore, voulez-vous être assez aimable pour montrer à M. Vilbert — un excellent ami de ma famille — les primitifs qui sont dans la galerie ? M. Vilbert est, comme vous, un fervent artiste !

Les deux jeunes gens échangèrent un salut, cordial de la part de Georges, froid de celle d’André.

Mais quand Suzy, un instant appelée par lady Graham, vint les retrouver, elle les aperçut devant une des toiles, lancés dans une chaleureuse discussion d’esthétique à laquelle tous deux semblaient trouver un égal intérêt.

Ils étaient debout l’un près de l’autre, et elle demeura stupéfaite de voir combien André supportait la comparaison avec Georges. Sans doute il n’avait pas la distinction raffinée de M. de Flers, mais il possédait quelque chose de plus mâle, de fort et de simple en même temps. Et quelle flamme d’intelligence brûlait dans son regard tandis qu’il s’exprimait avec une puissance et une vivacité de parole qu’elle ne lui connaissait pas. André Vilbert s’était-il donc transformé depuis quelques mois ?…

— Monsieur de Flers, lady Graham désire vous dire un mot, fit-elle, transmettant le message de la jeune femme. Je suis désolée de vous interrompre…

— Mademoiselle, veuillez croire que je suis toujours entièrement à vos ordres et à ceux de lady Graham… J’espère, d’ailleurs, que dans le courant de la soirée, je pourrai encore avoir le plaisir d’admirer les primitifs avec M. Vilbert.

Il s’éloigna comme l’orchestre entamait les premiers accords d’un boston. Aussitôt, quelques couples se levèrent et, à travers tout le salon, ce fut un frémissement joyeux dont Suzy, encore auprès d’André, subit l’atteinte.

Il la vit prête à lui échapper. Alors, rassemblant toute son audace, il demanda :