— Quel égoïste je fais ! pensa-t-il tristement. Pourquoi vouloir lui faire quitter Cannes ?
Ne s’y trouvait-elle pas placée dans une société où tous les noms étaient illustres et dignes de l’être ?… N’y était-elle pas bien accueillie, recherchée, même par ce beau Georges de Flers dont André ne pouvait méconnaître les brillantes qualités ?… Si Georges souhaitait lui donner son nom, pourquoi prétendait-il empêcher ce que, peut-être, elle appelait le bonheur !
Un découragement s’emparait d’André.
A quoi bon rester plus longtemps chez lady Graham ? Il ne lui fallait pas espérer causer davantage avec Suzy… Tout au plus, il obtiendrait d’elle un mot rapide et souriant, comme elle en disait à tous… Oh ! oui, mieux valait partir !
Pourtant, il lui semblait trop dur de s’éloigner sans avoir échangé avec elle quelques paroles d’adieu. Justement, elle était au seuil du petit salon, isolée un instant. Il se rapprocha bien vite.
— Mademoiselle Suzanne, puis-je me charger de quelque message auprès de votre famille ? demanda-t-il. Usez de moi, je vous prie, autant que vous le désirerez.
— Comment, vous partez déjà ?
Dans l’accent d’André, quelque chose d’indéfinissablement triste avait frappé Suzy. Une sorte de remords la saisit. Elle avait bien eu le désir de se montrer aimable avec lui ; mais tant de choses l’avaient distraite !
— Attendez encore un peu… Restez pour le cotillon.
Il eut une lueur d’espoir.