— Je n’en avais pas du tout l’intention !… Je n’ai pas réfléchi ! fit Suzy naïvement.

— Mais, petite imprudente, qu’aurait dit lady Graham si nous vous avions ramenée blessée ou asphyxiée !… Savez-vous qu’elle doit déjà se demander ce que nous devenons !… Il est presque midi !… Sauvons-nous vite…

— Buvez encore un peu d’eau fraîche, mademoiselle, insista Georges, revenu aux côtés de la jeune fille.

Elle obéit avec une docilité d’enfant et se leva pour partir.

— Êtes-vous tout à fait remise de votre émotion ?… Pourrez-vous marcher jusqu’à la voiture ?… Voulez-vous me donner le bras ?… demanda-t-il encore tandis que M. de Pruynes s’éloignait pour faire approcher les chevaux.

Elle avait une envie folle de dire : « Oui, » mais elle n’osa pas.

— Merci, je puis bien aller seule ! répondit-elle avec un petit rire heureux. Je ne veux pas avoir l’air d’une intéressante malade !… Je suis beaucoup plus forte que vous ne le croyez tous !

Elle suivit Mme de Pruynes, mais au moment de franchir la porte de l’enclos, elle se détourna une dernière fois, l’enveloppant d’un rapide coup d’œil comme si elle eût voulu en emporter la lumineuse vision, tel qu’il était, si calme, sous ses massifs d’orangers, bordé de roses embaumantes…

Ils traversèrent rapidement les groupes des travailleurs maintenant maîtres de l’incendie, sur lequel jaillissait un continuel jet d’eau limpide. Sur leur passage, tous s’écartaient respectueusement. Des exclamations de sympathie, de remerciement montaient vers Suzy dont les joues s’empourpraient en entendant.

— Allons-nous-en vite ! murmura-t-elle à l’oreille de Mme de Pruynes. C’est horriblement désagréable d’être regardée ainsi !