Il s’arrêta brusquement comme s’il se fût effrayé des paroles qui lui venaient aux lèvres.

D’un coup d’œil, il enveloppait Suzy, et, une seconde, il garda dans les siennes les mains fluettes qu’elle lui avait données.

Puis, lentement, il les laissa retomber et dit seulement :

— Si vous voulez bien me le permettre, mademoiselle, j’aurai cet après-midi le plaisir d’aller savoir comment vous vous trouvez.

— Oh ! merci ! Mais je vous en prie, ne prenez pas cette peine… Quand vous viendrez ce soir, chez lady Graham, vous me verrez, je suis sûre, tout à fait vaillante, et je pourrai vous montrer ma… ma reconnaissance en vous jouant les airs russes que vous préférez !…

Elle souriait d’un air joyeux en lui disant cela. Et tout l’après-midi, elle vécut avec la pensée de cette soirée qu’ils allaient passer ensemble. Tout bas, les paroles de Georges dans l’enclos fleuri murmuraient à sa pensée de mystérieuses promesses que son jeune cœur était avide de comprendre…

Comme elle rentrait, peu avant le dîner, en compagnie de lady Graham, le valet de chambre présenta une carte à la jeune femme.

— De M. de Flers ? Il est venu ?

Suzy, déjà sur le seuil du salon s’arrêta soudain, et ses yeux interrogèrent lady Graham qui regardait quelques lignes écrites sur la carte. La jeune femme lisait à demi-voix les mots tracés au crayon :

« Madame,

« Je suis désolé de ne pas vous rencontrer, car je désirais vous exprimer tout mon regret de ne pouvoir me rendre chez vous ce soir. Mais l’appel soudain d’un ami me force à quitter Cannes aujourd’hui même, pour Bordighera. Je pars heureux d’apprendre que Mlle Douvry ne se ressent plus de son émotion. Daignez être assez bonne, madame, pour l’en assurer, et agréer, pour vous et pour elle, mes plus respectueux hommages.

« Georges de Flers. »