— Alors, il est parti ?… répéta Suzy d’une voix assourdie et lente, comme si elle n’avait pas bien compris le sens des mots prononcés devant elle.
— Oui, mais seulement pour quelques jours, sans doute…
Et lady Graham, laissant distraitement retomber la carte, regagna son appartement, sans voir que deux grosses larmes glissaient sous les paupières baissées de Suzy.
XIII
Georges de Flers était parti, mais il n’était pas revenu selon les prévisions de lady Graham ; et le pourquoi de cette absence subite et prolongée était l’involontaire question qui obsédait la pauvre petite Suzy dans le secret de sa pensée.
Voici que, tout à coup, elle éprouvait à Cannes une étrange impression de solitude et de tristesse.
Pourtant lady Graham se montrait toujours pour elle une amie charmante. Pourtant les réunions mondaines dans lesquelles, tout l’hiver, elle s’était si naïvement amusée, avaient sans scrupules repris leur cours, un instant interrompu par l’apparition austère du carême.
Mais Suzy ne leur trouvait plus aucun charme. Partout où elle allait maintenant, quelque chose… ou plutôt quelqu’un lui manquait…
Peu à peu, elle s’était habituée à rencontrer journellement Georges de Flers, à le voir intéressé par les plus petits riens qu’elle lui disait, à se sentir en quelque sorte, n’importe où ils se rencontraient, sous la protection de ce regard qui suivait volontiers ses mouvements… Puis elle ne pouvait oublier comment il était venu à son secours quand un danger l’avait menacée.
Plusieurs fois, elle était retournée au Cannet, pour y distribuer les largesses de lady Graham désireuse de contribuer à la reconstruction de la petite demeure à demi brûlée. Et lors de chaque visite, elle avait trouvé prétexte pour jeter un coup d’œil d’amie sur l’enclos planté d’orangers qui lui était apparu d’une façon inoubliable.