Suzy, distraitement, son chapeau mis, finissait d’attacher sa veste de drap, les yeux perdus vers la campagne qui fuyait vers l’horizon en un lointain lumineux. Et elle regardait toute sérieuse, avec un regret d’enfant à la pensée que, dans quelques heures, elle allait être enfermée entre les hautes murailles d’une maison parisienne. Seulement, elle pensait aussi que sa mère l’y attendait, et cette idée-là était pour son cœur aimant la meilleure des consolations.

Déjà arrivait jusqu’à elle le piétinement des chevaux qu’on attelait. Près de la voiture, elle apercevait ses bagages descendus, tout prêts à être emportés ; dans la pièce voisine de sa chambre, résonnait le pas de Germaine qui revêtait sa toilette de sortie. Car il avait été décidé que tous les hôtes du Castel accompagneraient Suzy au chemin de fer « comme une garde d’honneur ! » avait-elle remarqué en riant, et son rire était sans amertume.

Le sommeil de la nuit avait engourdi en elle les impressions pénibles éprouvées le soir précédent, et mis dans son cœur une singulière indulgence pour les gens et pour les choses.

D’ailleurs, Mme Arnay, satisfaite de la tournure prise par les événements, avait déployé à l’égard de Suzy toutes les richesses de son amabilité ; peut-être parce que, dans le secret de sa pensée, elle ressentait un vague remords d’avoir écarté avec tant de désinvolture l’enfant qui la gênait.

Puis, vraiment aussi, elle portait une certaine affection à Suzy qu’elle jugeait même une petite personne fort agréable à posséder chez soi, — sauf les circonstances imprévues ! — d’abord à cause de son charmant caractère toujours égal, puis de son délicieux visage, décoratif dans un salon : enfin de son talent de musicienne dont Mme Arnay usait volontiers pour la distraction de ses invités.

Aussi, durant toute cette dernière matinée de la jeune fille au Castel, à chaque occasion, s’était-elle montrée prodigue de sourires, de paroles aimables, si bien que Suzy, toujours avide de sympathie, avait facilement cru au regret exprimé par sa tante de la voir partir.

Maintenant, ses derniers préparatifs achevés, elle restait devant la fenêtre ouverte, le visage caressé par une brise tiède, et elle pensait à toutes sortes de choses.

Oui, Georges de Flers disait vrai, la veille : les trois semaines passées au Castel s’étaient écoulées bien vite, avec une rapidité de songe heureux !… Oh ! oui, très vite !…

Un à un, elle revoyait tous les incidents des derniers jours vécus : les causeries, les promenades, les réunions du soir et, pour la première fois, elle s’apercevait combien Georges de Flers était lié à tous ses souvenirs.

Jusqu’au jour où Suzanne s’était trouvée avec le jeune homme au Castel, elle l’avait surtout connu d’en entendre parler par Germaine qui le voyait sans cesse dans le monde et chez sa mère où, comme ami intime de M. de Berly, il était fort souvent reçu.