— Oh ! pourquoi ai-je su la vérité ! Pourquoi !…

Il se faisait un remous de soies froissées à travers le salon, car les femmes se levaient, la première partie du concert étant achevée. Devant elles, les hommes s’inclinaient au milieu du bourdonnement joyeux des conversations et les conduisaient vers le hall où, sous de gigantesques palmiers, le buffet était dressé.

Suzy, elle, restait immobile, lasse, très lasse, agitant son éventail d’un geste inconscient, regardant, farouche, les couples qui défilaient devant elle. Un flot d’indicible amertume gonflait son cœur, meurtri de sa brutale rencontre avec la réalité.

Tous ceux qui étaient là pensaient sans doute comme Georges de Flers ! Pas un des jeunes gens dont elle avait reçu les hommages empressés durant l’hiver n’eût daigné l’accepter pour femme… Sans dot !

Sans doute les choses devaient ainsi se passer, puisque Georges de Flers l’avait déclaré sans embarras, comme s’il se fût agi d’un fait d’une évidence absolue… De même, M. de Pruynes avait accueilli ses paroles.

Que faisaient la jeunesse de Suzy, son charmant visage, — un sujet d’inspiration pour Georges de Flers ! — son talent d’artiste, les qualités que la nature avait pu lui donner !… Rien ! Rien !… Elle était sans dot !

Et tous les hommes en jugeaient ainsi…

Tous ?…

Soudain, au fond de la pensée de Suzy, se dressa le visage sérieux d’André Vilbert. Allait-elle donc le méconnaître une fois de plus ?

Lui, était venu à l’heure où l’avenir était sombre, où la vie se faisait lourde pour elle. Il avait voulu l’aider à porter son fardeau, prêt à se dévouer tout entier, si elle voulait bien le lui permettre.