Et elle l’avait repoussé, en petite fille étourdie et folle, sans deviner la valeur de cet homme qui dominait Georges de Flers de toute sa générosité.

Il n’était pas un mondain blasé, lui, mais un homme de cœur, incapable de mensonge et de calcul. Jamais il n’eût parlé ni agi comme l’avait fait M. de Flers, Suzy en éprouvait la certitude absolue ; et, dans ce bouleversement de tout son cœur, elle se réfugia, éperdue, dans le souvenir d’André, parce qu’elle était sûre de pouvoir l’estimer, lui !

Elle avait vu Georges se diriger vers le hall, ayant Gladys à son bras. Au bout d’une seconde, il reparut dans le salon, semblant chercher quelqu’un… Était-ce elle ? Allait-il recommencer son jeu de tout l’hiver ?… — Comme elle avait eu foi en lui, pourtant !… Comme elle lui avait ouvert, sans crainte, l’entrée de sa jeune âme !

En effet, il venait de son côté, et son visage s’éclaira quand il la vit :

— Mademoiselle Suzanne, voulez-vous me permettre de vous offrir le bras pour aller rejoindre lady Graham qui est au buffet et vous demande ?

Elle leva les yeux vers lui, incapable de répondre. Mais sans doute ses prunelles brunes exprimaient quelque chose de la tempête qui traversait sa pauvre âme, car Georges demanda vivement :

— Qu’avez-vous ? mademoiselle. Êtes-vous souffrante ?

— Souffrante, moi ?… Oh ! non !

Sa propre voix sonnait à son oreille comme celle d’une étrangère. L’accent lui en paraissait changé, et elle eut peur que Georges ne le remarquât et ne la questionnât… A aucun prix, il ne devait savoir qu’elle l’avait entendu !

Elle se leva et effleura de ses doigts gantés le bras du jeune homme, tandis qu’il lui parlait et qu’elle lui répondait avec effort, en petites phrases brèves… Entre eux, un abîme s’était ouvert, mais il ne le savait pas et il ressentit une impression agréable en la voyant, dans une haute glace, passer appuyée sur lui, très fine dans son élégance.