Comme d’ordinaire, un cercle nombreux entourait lady Graham qui accueillit Suzy par une exclamation amicale :
— Dear, où vous cachiez-vous donc ?… Tout le monde vous réclame ici !…
— Vraiment ? fit-elle.
Un indéfinissable sourire de dédain crispait sa bouche ; mais une sorte de fièvre la brûlait.
Machinalement, elle trempa ses lèvres dans la coupe de champagne que lui présentait Georges. Elle se mit à causer avec une animation nerveuse, prenant un âpre plaisir à se voir entourée, admirée comme Gladys, recherchée par ces hommes qu’elle jugeait avec l’impitoyable sévérité de ses dix-huit ans. La fin de la soirée s’écoula pour elle comme un songe où elle agissait poursuivie par une sourde douleur, alors même qu’elle s’efforçait de sourire, de causer, pour oublier…
Mais quand, enfin, elle se retrouva dans le silence, le calme de sa chambre de jeune fille, sans qu’aucune présence amie vînt lui adoucir l’amertume de son rêve fini, une immense détresse l’étreignit ; et, cachant, comme un enfant, son visage dans l’oreiller, elle éclata en sanglots passionnés…
XIV
Depuis la soirée de la comtesse de Pruynes, Suzy n’avait plus qu’un désir, quitter Cannes, se retrouver dans son home où tous étaient sincères, où elle ne serait plus exposée à rencontrer Georges de Flers, comme, journellement, la chose arrivait chez lady Graham.
Mais il n’était pas encore question du retour à Paris, où les giboulées de mars continuaient, en avril, le cours de leurs averses neigeuses. Même, Gladys, prise d’une subite passion pour les beaux-arts, s’était fait installer un atelier dans l’un des salons de la villa et y recevait les conseils de Georges de Flers qui admirait fort l’artiste, sinon ses œuvres.
Pour Suzy, ces séances de peinture étaient horriblement pénibles, car elles lui en rappelaient d’autres…; alors que Georges faisait son portrait et que les heures passaient très courtes pour tous les deux… Mais ce temps-là s’était enfui, comme son rêve était mort !