Il y avait eu, pourtant, une heure où il avait songé à faire sa femme de Suzy… Car c’eût été réellement un délice, de posséder cette âme limpide qui jamais encore ne s’était donnée… Gladys Tuffton et d’autres étaient belles ! Mais elles semblaient déjà des femmes… Et Suzy était une vraie jeune fille, avec ses ignorances, sa sincérité, sa candeur exquise.
Tout en lui parlant de choses indifférentes auxquelles, par des paroles brèves, elle répondait, il la regardait. Comme elle était finement jolie !… Elle ne tournait pas la tête vers lui et il apercevait seulement son charmant profil, un peu penché vers l’ouvrage qu’elle tenait ; ses cheveux bruns très souples, éclairés de moires d’or tout autour du visage d’une blancheur rosée, où les cils mettaient une ombre molle sous les yeux abaissés.
Et Georges éprouva tout à coup le désir de voir se relever vers lui les prunelles brunes dont il avait aimé le regard clair. Aussi, il demanda, espérant amener Suzy à abandonner un peu son ouvrage :
— Quel devait être aujourd’hui le but de la promenade que vous avez dédaignée ? mademoiselle.
— Je crois avoir entendu parler des gorges d’Auribeau…
— Les gorges d’Auribeau !… Vous rappelez-vous l’excursion que nous y avons faite, un jour, avec lady Graham et Mme de Pruynes ?… Je vous vois encore les mains pleines des gerbes de mimosas que vous aviez cueillies sur la route.
Les lèvres de Suzy eurent un imperceptible tremblement.
— Peut-être, en effet, avons-nous, une fois, fait cette promenade… Je ne sais trop… Peu m’importe… Maintenant, je n’aime plus à me souvenir…
Sa voix résonnait singulièrement grave, vibrante d’une amertume contenue.
En dépit des efforts de Suzy, Georges n’avait pas été sans remarquer qu’elle ne l’accueillait plus comme jadis ; et, en l’écoutant, il éprouva la conviction qu’il avait vu juste. Une exclamation instinctive lui échappa :