— Mademoiselle Suzanne, qu’y a-t-il ?… Pourquoi me parlez-vous de la sorte ?

— Vous ai-je parlé d’extraordinaire façon ? interrompit-elle avec une légère raillerie, s’efforçant de dominer l’émotion qui l’étreignait, de garder un air d’indifférence afin qu’il ne devinât rien.

Et l’une contre l’autre, elle serrait ses deux mains, comme pour mieux retenir les paroles qui se pressaient sur ses lèvres.

Mais Georges était trop observateur pour n’être pas frappé de son attitude ; et il poursuivit, entraîné par une sorte de curiosité anxieuse dont il n’était pas maître :

— Vous ne me traitiez pas ainsi en étranger, jadis… Ne sommes-nous plus amis ?… Pourquoi ?…

Pourquoi ? Il osait lui demander pourquoi !… Quelle espèce d’homme était-il donc ?… Cette fois, elle leva vers lui ses grands yeux bruns où passait un éclair. Tout le mépris qui s’était amassé au fond de son cœur s’y soulevait de nouveau, tout à coup, comme un souffle de tempête.

— Vous n’avez pas le droit de m’interroger !… Ceux-là seuls peuvent le faire, qui sont des amis pour moi, ceux que j’estime…

— Et je ne suis pas de ces derniers ?…

— Non ! plus maintenant !

Les mots lui étaient jaillis des lèvres, dans un élan irrésistible, parce qu’ils étaient le cri de tout son être.