Georges devint très pâle. D’un geste brusque, il arracha une branche d’un arbuste à ses côtés et la brisa en deux morceaux qu’il jeta au loin. Entre Suzanne et lui, il y eut un silence d’une seconde, si profond qu’il entendit distinctement le roulement d’une voiture sur la route et le trot des chevaux.
Était-ce l’annonce du retour de lady Graham ?… Allait-elle donc arriver, empêcher qu’il sût jamais pourquoi Suzy s’était ainsi exprimée ?
Ah ! Georges de Flers s’avançait trop quand il déclarait au comte de Pruynes être sûr de lui-même. Tout sceptique qu’il fût, il n’avait pas su empêcher cette petite fille de lui prendre, sans le chercher, une part de lui-même, — la meilleure.
Et il lui venait un désir irraisonné de lutter contre ce dédain qu’elle lui témoignait et qui lui causait une étrange souffrance.
Avec effort, il reprit :
— Mademoiselle Suzanne, vous êtes femme et vous avez le droit de tout dire… Mais… mais, je ne pourrais supporter vous voir emporter de moi un semblable souvenir… Permettez-moi de me défendre, je vous en supplie… Vous a-t-on dit quelque chose contre moi ?
— Oh ! certes non ! fit-elle frissonnante.
Il insistait :
— Vous ai-je adressé une parole qui vous ait blessée ?… Je vous en supplie, répondez-moi… Depuis quelque temps déjà, vous n’êtes plus la même, depuis…
Brusquement, il s’arrêta. Au fond de sa pensée, montait le souvenir vague de sa conversation avec le comte de Pruynes, dans la serre. Dans une lueur, il entrevit la vérité. Il ne savait plus bien quels mots il avait pu prononcer, mais il s’en rappelait le sens… Ou Suzy l’avait entendu, ou on lui avait rapporté ses paroles…