Mais il voulait être sûr et il interrogea ardemment, emporté par une impulsion violente :

— Est-ce chez la comtesse de Pruynes que je vous ai… déplu ?

Elle ne répondit pas ; et son silence était un aveu.

Georges de Flers connaissait le cœur aimant et dévoué, la délicatesse fière de Suzy, il comprit ce qu’elle pensait de lui… Et pour la première fois de sa vie, peut-être, un intolérable sentiment d’humiliation le secoua tout entier. En même temps, le besoin impérieux s’emparait de lui, de se relever, à n’importe quel prix, dans l’estime de cette enfant qui le jugeait, dont il voyait le regard se détourner invinciblement du sien et les lèvres se contracter dans une expression de mépris hautain. Un élan sincère, plus fort que toutes les résolutions, l’emporta.

— Mademoiselle Suzanne, dit-il d’un ton de prière, — de ce ton qu’autrefois elle trouvait si doux d’entendre ! — ne soyez pas impitoyable… Écoutez-moi… Il y a des jours où l’on se croit sage, alors qu’au contraire, on est fou, car on passe près du bonheur, sans le reconnaître… Et pour moi, par ma faute, il a failli en être ainsi !… Laissez-moi, je vous en supplie, tenter de vous faire oublier quelques paroles insensées !… Je vous jure que je n’ai pas, en cette minute, de plus cher désir que de vous entendre consentir à accepter ma vie !…

— Mon Dieu, mon Dieu ! murmura-t-elle.

Une émotion poignante l’étreignait. Mais elle n’eut pas une seconde d’hésitation. Pour elle, le passé ne pouvait plus revivre, jamais, jamais !… Comment ne le comprenait-il pas ?… D’ailleurs, dans son souvenir, une phrase s’était gravée, inoubliable : « Si, dans un moment d’enthousiasme, j’offrais mon nom à Mlle Douvry, je regretterais ensuite plus d’une fois mon intempestive prière ! »

Oui, le rêve de Suzy était bien évanoui. Quoi que Georges pût dire, il ne ranimerait plus la foi qu’elle avait eue en lui et qui était morte. Et avant même qu’elle eût parlé, à la seule expression de son visage, il savait que jamais, elle ne serait sa femme.

Comme à elle-même, répondant à sa pensée plus qu’à lui, elle dit lentement :

— Il est trop tard maintenant… Je ne puis plus…