Ces derniers mots étaient sortis de ses lèvres en un cri bas et passionné. Il leva sur elle un rapide regard.

Elle continuait du même ton assourdi, les yeux perdus au loin :

— Comme c’est bon, le home !… meilleur que tout au monde ! Et, grâce à vous, j’ai trouvé le mien transformé ; je n’y vois plus aucun visage triste…

— Je vous assure…, commença-t-il, en protestant.

Mais elle l’interrompit et poursuivit, se tournant un peu vers lui :

— Ne vous défendez pas… Je sais quel ami dévoué vous avez été pour mon père, pour nous tous, d’ailleurs ; mais je ne le sais bien que depuis peu de temps… Et vous avez dû souvent me trouver bien ingrate, bien indifférente…

— Jamais je ne vous ai jugée ainsi, fit-il vivement.

— Parce que vous êtes bon, très bon !…

Elle eut un tressaillement à ces mots, les mêmes qui lui étaient venus six mois plus tôt, quand André lui avait avoué qu’il l’aimait. Combien était différent, l’accent avec lequel, aujourd’hui, elle les prononçait…

De nouveau, elle se prit à considérer l’horizon qui semblait de flamme. Du salon, apportées par la brise, lui arrivaient, pénétrantes, des senteurs de muguet, et le parfum printanier semblait lui murmurer l’espoir. Mais elle ne pouvait en écouter le mystérieux langage… Son rêve était fini ; et si la réalité était dure, c’était parce qu’elle-même l’avait ainsi faite. Seulement, il ne fallait pas qu’André sût rien de son chagrin… Au contraire, elle devait, la première, lui parler de Mlle de Guillancourt, lui laisser voir qu’elle le considérait comme libre de disposer de sa vie.