Et elle continua courageusement :

— Je ne puis rien pour vous montrer combien je vous suis reconnaissante… Oh ! oui, reconnaissante !… de tout ce que vous avez fait pour les miens… Mais je souhaite de toute mon âme, votre bonheur et celui de… de Mlle de Guillancourt.

Il l’interrompit avec une vivacité dont il ne fut pas maître.

— Mlle de Guillancourt… Pourquoi me parlez-vous d’elle ?

— Parce que… Parce que j’ai appris…

Suzy ne put continuer, sa gorge se contractait. Elle n’osait pas regarder André, mais elle sentait l’émotion qui, soudain, s’emparait de lui aussi.

— Je crois deviner à quel événement vous faites allusion, dit-il avec une sorte de gravité, tandis qu’un frémissement bouleversait sa voix ; mais jamais cet événement ne s’accomplira. Certes, j’estime Mlle de Guillancourt, mais elle est et demeurera pour moi une étrangère… Oh ! comment avez-vous pu croire…?

Il s’arrêta devant l’expression du visage de Suzy, devant le regard des deux yeux limpides qui l’interrogeaient, si lumineux qu’on eût dit qu’une aurore s’y levait.

— Vous n’épouserez pas… Vous ne souhaitez pas épouser Mlle de Guillancourt ?

— Non, un autre désir m’était cher…