— Mère, nous revenons à pied, n’est-ce pas ? demanda Suzy. Je voudrais refaire connaissance avec Paris !
Mme Douvry se prêta volontiers à ce désir. Et Suzy s’en alla à ses côtés, rieuse, animée, un peu étourdie par le mouvement et le bruit des voitures, le frôlement perpétuel des passants dont elle était déshabituée.
Sans cesse, elle levait les yeux vers sa mère, pour avoir le plaisir de rencontrer encore le regard singulièrement lumineux de Mme Douvry, un regard profond de femme qui a beaucoup pleuré. Mais en même temps, elle remarquait la pâleur délicate de ce cher visage et son cœur se serrait un peu. Tendrement, elle dit :
— Mère, vous auriez eu grand besoin de respirer le bon air du Castel !… Je suis honteuse de penser que moi seule, j’en ai joui !…
Mme Douvry eut un sourire.
— Ma chérie, j’ai passé le temps où l’on a de belles couleurs… Il faut laisser cela aux petites filles comme toi et les jumelles.
Suzy n’ose pas insister. Mais, caressante, elle glissa son bras sous celui de Mme Douvry et entama une série de questions sur son père. Semblait-il toujours triste, comme Mme Douvry l’avait écrit au Castel ?… Pourquoi était-il ainsi ?… Avait-il un sujet de préoccupation ?… Et les garçons, que disaient-ils de voir approcher le terme des vacances ?… Et les jumelles, qu’avaient-elles fait pendant l’absence de leur sœur aînée ?
Suzy interrogea jusqu’au moment où, satisfaite des réponses de Mme Douvry, elle commença les récits de son séjour au Castel, trouvant un plaisir si évident à en faire revivre les souvenirs assez mondains, que Mme Douvry dit tout à coup, avec un sourire amusé :
— Je ne savais pas ma Suzy désireuse à ce point de distractions ! Je commence à craindre qu’elle ne juge un peu dur d’être revenue au bercail, où une calme existence l’attend.
— Mère, ne parlez pas ainsi… J’ai beaucoup aimé mes vacances au Castel, oui, beaucoup !… Mais je suis très heureuse de me retrouver auprès de vous… Même, maintenant que je vous ai à côté de moi, je ne comprends pas comment j’ai pu rester trois semaines loin de vous, sans vous embrasser !