— Mademoiselle Suzanne !… Je n’osais pas encore espérer vous voir ce soir ! Il me semblait que l’on ne vous laisserait plus partir du Castel ! dit-il serrant la main menue qu’il enfermait toute dans la sienne.
— Vraiment ?… Cela ne vous est pas trop désagréable que je sois revenue vous tourmenter ? demanda-t-elle, rieuse.
Sa voix fraîche avait une intonation si gaie que M. Douvry laissa retomber la revue qu’il lisait, et son visage sombre et fatigué s’éclaira un moment.
— Oh ! monsieur Vilbert, poursuivit-elle, combien vous avez été aimable de peindre pour moi une œuvre telle que je les aime ! Votre Melancholia… vous me permettez de baptiser ainsi votre toile, n’est-ce pas ?… votre Melancholia est déjà une amie pour moi ! J’ai tant de plaisir à la regarder !
Une fugitive rougeur courut sur les traits rudement dessinés du jeune homme.
— J’ai profité de quelques moments de liberté et je suis tout récompensé si j’ai pu vous être agréable !
— Vous me l’avez été extrêmement ! Je voudrais qu’il me fût possible de faire quelque chose pour vous le montrer…
Sans doute André était dans un jour de courage, car il osa demander :
— Alors, si je vous adressais une requête, si je vous priais de faire un peu de musique dans le courant de la soirée, vous consentiriez peut-être…?
Et bien vite, timidement, comme pour excuser sa hardiesse, il ajouta :