Mais cette première jouissance du retour épuisée, Suzy — elle ne pouvait se le dissimuler ! — Suzy s’ennuyait un peu…

Elle n’était plus tout à fait la petite fille insouciante qui était partie, un mois plus tôt, au Castel. Mme Douvry avait eu raison d’hésiter longtemps avant de lui laisser connaître la vie de villégiature telle qu’on l’entendait chez Mme Arnay.

Là-bas, l’enfant avait vécu d’une existence si facile et si riante, que l’idée qu’il existait de par le monde des devoirs austères, des responsabilités, des sacrifices, s’était enfuie de sa pensée, comme des nuées obscures s’évanouissent dans un chaud rayonnement de soleil.

Elle avait été remarquée, complimentée, admirée. Elle avait vu un homme, dont la présence était partout recherchée, lui témoigner une constante attention. Et elle était trop naïve, trop neuve dans la science mondaine, pour se demander si Georges n’agissait pas ainsi avec toutes les femmes qui intéressaient son dilettantisme ; pour apprécier à leur valeur les hommages qu’il lui adressait.

Aussi, une griserie délicieuse avait un peu troublé sa jeune raison ; et elle s’était laissé entraîner bien volontiers par le tourbillon des plaisirs qui charmaient ses dix-huit ans, avides de jouir.

Puis, tout à coup, la réalité l’avait ressaisie brusquement, et elle la trouvait un peu duré.

Au lieu de l’aimable insouciance qui était l’atmosphère du Castel, Suzy, à son retour, rencontrait l’inquiétude de sa mère devant l’air préoccupé de M. Douvry ; et une indéfinissable oppression pesait sur sa jeunesse, arrêtée dans un joyeux épanouissement.

Comme, après tout, elle était une vaillante petite fille, elle luttait de son mieux contre ce qu’elle appelait « sa lâcheté » ; elle s’absorbait de longues heures dans ses études musicales, le plus qu’elle le pouvait, honteuse, dépitée contre elle-même de se voir ainsi déraisonnable, de se sentir l’humeur capricieuse.

Mais malgré ses efforts, il se trouvait encore bien des instants où son esprit avait des envolées curieuses vers le Castel ; où un regret âpre la prenait d’en être loin, et aussi une sorte d’envie, de secrète révolte à l’idée que sa cousine Germaine, que Gladys Tuffton et tant d’autres jeunes filles, jouissaient des distractions dont elle ne pouvait plus avoir sa part. Puis, l’image de Georges de Flers demeurait singulièrement vivante dans son souvenir.

Ce jour-là, elle venait de rentrer d’une course à travers Paris, faite par un temps gris et maussade, tout imprégné d’une humidité d’automne.