A chaque instant, de grosses averses tombaient, lançant leurs gouttelettes contre les vitres, où elles ruisselaient avec un bruit monotone.

Lentement, les yeux assombris, Suzy ôtait sa toque de promenade, son manteau, ses gants, avec des gestes indécis qui disaient que sa pensée voyageait.

— Comme tout est triste quand il pleut ! murmura-t-elle avec une moue plaintive. Il y a huit jours, nous étions si gaiement au Castel ! Que peuvent-ils bien faire aujourd’hui ?

Sur la cheminée était encore une lettre de Germaine, toute pleine du récit des distractions que Mme Arnay offrait à ses hôtes.

C’était peut-être parce que Suzy l’avait lue et relue avec avidité qu’elle trouvait son sort aussi désagréable. Un passage surtout lui en revenait sans cesse. Elle le savait presque par cœur… Pourtant, elle reprit encore le griffonnage de Germaine et l’y chercha :

« … Gladys, écrivait la jeune fille, est délicieuse selon son ordinaire. Elle a des amours de robes qui éblouissent tous ces messieurs, à commencer par Georges de Flers. Lui, un connaisseur émérite, déclare qu’elle s’habille en artiste. Par moments, je te l’avoue, Suzy, je serais bien un peu tentée d’être jalouse de son succès ; mais par moments seulement, car j’adore Gladys… »

Ici, un malicieux sourire glissa sur les lèvres de Suzy. Dans bien d’autres lettres de Germaine, elle avait vu le même aveu de vive tendresse ; seulement l’objet de cette tendresse n’était jamais bien longtemps le même…

« C’est Gladys, continuait Germaine, qui est maintenant, au tennis, la partner attitrée de M. de Flers, et il n’en paraît pas du tout fâché… Elle est si belle ! et elle le gratifie, avec son air de statue grecque, de si charmants sourires !… Il m’a dit hier, en me demandant de tes nouvelles…

Le visage de Suzy s’éclaira une seconde.

« … Qu’il n’oubliait pas les bonnes leçons de tennis que tu lui as données et t’en était fort reconnaissant !… Tout simplement, parce qu’elles l’ont rendu capable de se mesurer avec Gladys, qui est une joueuse remarquable !… »