Suzy rejeta la lettre d’un mouvement vif.

On sonnait à la porte de l’appartement. Elle écouta, agitée du besoin de se sentir distraite. Dans l’antichambre, elle reconnut la voix de son père ; et aussitôt, oubliant le malencontreux bavardage de Germaine, elle courut à M. Douvry.

Depuis qu’elle le voyait sombre, elle se faisait avec lui plus caressante encore, toute fière quand elle avait adouci un peu l’expression amère de ses lèvres.

— Comme vous rentrez tôt ce soir ! père, fit-elle, lui nouant ses deux bras autour du cou, le front levé vers lui afin qu’il y mît son baiser d’arrivée.

Il l’embrassa, en effet, longuement ; puis l’écartant tout à coup, il dit :

— Est-il si tôt ?… Ta mère est-elle rentrée ?

Il semblait à Suzy que la voix de M. Douvry était changée, devenue très sourde.

— Oui, père, elle est dans sa chambre. Voulez-vous que je l’avertisse ?

— Non, merci, mon enfant. Mais j’ai à travailler. Laisse-moi, je te prie, fit-il, détachant les mains que, tout en parlant, elle avait jointes autour de son bras.

Et il y avait dans son accent quelque chose de si absolu, — de triste en même temps, — que Suzy obéit sans oser questionner et rentra dans le salon.