« Ayez pitié, mon Dieu, de ceux qui faiblissent, de ceux pour qui la vie est lourde !… Venez-leur en aide !… Ayez pitié d’eux, Seigneur !… » acheva Mme Douvry.
Les deux petites répétèrent la prière docilement, sans trop comprendre.
Puis, Suzy entendit le bruit de leurs voix, entremêlé d’éclats de rire, tandis qu’elles échangeaient leur dernier bonsoir.
Alors Mme Douvry revint dans le salon ; et par un dernier effort de volonté, attira vers elle son ouvrage, ainsi que chaque soir. Mais elle était si pâle que le cœur de Suzy se déchira. D’un bond, elle fut auprès d’elle, s’agenouillant à ses pieds, comme autrefois quand elle était toute petite.
— Maman, maman, qu’est-il arrivé ? Est-ce un malheur ?
La mère se pencha avec un baiser sur le visage inquiet levé vers le sien.
— Ne te tourmente pas, mon enfant… Il s’agit seulement d’un événement… pénible, auquel ni toi ni moi nous ne pouvons rien changer… hélas !
Mais Suzy insistait :
— Maman ! si c’est une chose que je puisse savoir, dites-la-moi… Laissez-moi prendre ma part de votre chagrin. Vous savez que je ne pourrai jamais être tranquille si je vous vois tourmentée, et vous l’êtes… ma chérie ! chérie !
Elle avait dit ces derniers mots tout bas et leur murmure était une caresse.