Dans sa voix vibrait une prière si ardente, une telle soif de partager le tourment de sa mère, que Mme Douvry ne résista plus, trouvant une douceur à sentir la compassion de ce cœur d’enfant.

Alors, la tête brune de Suzy reposant sur sa poitrine, elle dit l’épreuve nouvelle ainsi qu’elle l’entrevoyait, en paroles brèves, désolées ; impuissante à se contenir, maintenant qu’elle avait laissé son âme s’entr’ouvrir.

Et Suzy écoutait attentive, ses grands yeux tout brillants des larmes qui s’y amoncelaient en dépit de ses efforts.

Elle ne se rendait pas bien compte des inquiétudes matérielles que ce changement de position créait pour Mme Douvry, car elle n’avait nulle idée des mille petits embarras quotidiens qui résultent d’un budget modeste, tant Mme Douvry avait toujours pris soin d’en garder pour elle seule les ennuis.

Mais Suzy devinait que cette question d’argent, si fort dédaignée par elle, devait avoir une grande importance, puisqu’elle bouleversait le calme résigné de sa mère.

Tout à coup, elle se souvint de ses frivoles rêveries des derniers jours, aux voyages trop fréquents de son esprit vers le Castel.

Et, prise d’un remords, d’un désir de s’accuser, elle murmura, toujours caressant la main de sa mère :

— Oh ! maman, si vous saviez combien j’ai été folle et ridicule tous ces temps-ci ! Je m’ennuyais !… Je regrettais de n’être plus au Castel !… Maintenant, je suis bien heureuse d’en être revenue ! Sans cela, vous auriez appris votre mauvaise nouvelle pendant mon absence… Vous êtes si bonne, que vous n’auriez pas voulu me l’écrire pour ne pas m’attrister, et j’aurais continué à m’amuser pendant que vous auriez souffert, ma chère, chère maman !…

Mme Douvry ne répondit pas. Suzy releva la tête, cherchant son regard, et le vit plein de larmes.

— Oh ! maman, ne pleurez pas ! fit-elle avec angoisse.