Il lui semblait que c’était là une chose qu’elle ne pourrait supporter.

— Je vous en supplie, ayez confiance ! Tout s’arrangera… Vous savez bien qu’il ne faut jamais désespérer… Vous nous l’avez toujours dit…

— Oui, mon enfant, oui, tu as raison, murmura Mme Douvry.

De nouveau, Suzy blottit sa tête dans les bras de sa mère, et continua de lui parler tout bas, comme si elle eût voulu endormir les inquiétudes de Mme Douvry.

— Vous ne devez pas vous tourmenter ainsi, mère… Je suis bonne musicienne. Eh bien, je donnerai des leçons !… Tous les professeurs en trouvent ; j’en trouverai aussi ! Je serai très sérieuse avec mes élèves, vous verrez… Et puis, père découvrira certainement une autre position dans peu de temps… Mon oncle Arnay s’en occupera ! Ne soyez pas si inquiète, ma chérie…

Mme Douvry laissait dire Suzy. Cette confiance naïve, cette tendresse surtout la réconfortaient. Elle qui avait si longtemps porté toute seule le fardeau des soucis et des déboires dont elle s’efforçait de décharger son mari ; qui avait dépensé son âme à soutenir de plus faibles qu’elle, éprouvait un indicible allégement, une impression de repos à se sentir, à son tour, soutenue et plainte…

Et, quand ce soir-là, une fois Suzy endormie, elle se prit à regarder l’avenir, ce fut avec tout son courage qu’avaient réveillé les baisers et la voix caressante de son enfant.

IV

L’annonce du nouveau tourment des Douvry fut apportée au Castel par M. Arnay.

Il revenait de Paris et entra un instant dans l’appartement de sa femme qui achevait de s’habiller pour le dîner.