— Quoi d’intéressant aujourd’hui ? Maurice, interrogea-t-elle tout en examinant l’effet des fleurs que la femme de chambre plaçait dans ses cheveux.

— Rien, absolument rien… Ah ! pourtant si, j’ai appris une nouvelle ennuyeuse cette après-midi… Robert Douvry est venu à mon bureau m’annoncer la suppression de son poste d’inspecteur à la Société financière.

— Oh ! comme cela est contrariant ! Ces pauvres Douvry ont une malchance inouïe !… Alors, sans doute, il va vous falloir mettre en quête d’une position pour lui ! Plus à droite cette rose, Julie, qu’elle fasse diadème… Bien, c’est mieux ainsi… Vous disiez, Maurice, que…

— Je disais, je dis, ma chère, que ce Douvry est un homme désespérant avec son inhabileté à se créer une place dans le monde… Sans compter qu’il n’accepte aucun conseil… Aujourd’hui, j’ai voulu lui indiquer comment je pensais qu’il eût dû agir avec sa Société financière, et il m’a remercié d’un ton si bref !… Il semble toujours agacé quand je lui donne un avis !

Mme Arnay continuait à considérer l’édifice léger de ses cheveux noirs.

— C’est pourtant un homme intelligent que Robert Douvry, fit-elle, les yeux fixés sur la glace. Comment ne veut-il pas profiter de votre expérience ?…

— Charlotte, permettez-moi de vous dire que j’aimerais mieux avoir à caser une demi-douzaine d’individus bornés qu’un homme supérieur comme Douvry… Ils sauraient mieux se tirer d’affaire, ma parole…

Sur cette conclusion, M. Arnay laissa sa femme à sa toilette, et il ne fut plus question des Douvry ce soir-là. Les jours suivants non plus, on ne parla guère d’eux au Castel.

Cependant M. Arnay, il faut lui rendre cette justice, n’oubliait pas absolument son beau-frère ; et, entre deux opérations financières, il avait plusieurs fois songé à le recommander comme un homme d’une remarquable intelligence.

Par malheur, si les recommandations sont faciles à donner, leurs résultats sont longs à venir. Et un poste avantageux, ou même convenable, pour M. Douvry, semblait aussi insaisissable que des leçons pour Suzy.