Sa sœur se rappela soudain qu’elle faisait une manière de visite de condoléance ; et changeant avec une facilité remarquable la note de sa conversation, elle passa au ton sympathique :
— Ma chère Jeanne, il faut que je te gronde… Tu n’as pas l’ombre de philosophie… Tu t’agites outre mesure pour ton mari, tu t’inquiètes…
— Ne penses-tu pas, Charlotte, que j’aie quelque raison pour cela ?
— Mon Dieu, ma chère, certainement, je reconnais que tu as un gros sujet d’ennui ; mais, non plus, il ne faut pas exagérer les choses. Vous traversez un moment de crise qui ne durera pas… Vraiment, tu ne peux t’attendre à voir ton mari trouver d’un jour à l’autre une situation agréable… Un peu de patience est nécessaire.
Mme Arnay eût peut-être poursuivi encore le cours de ses consolations. Mais ses yeux tombèrent sur le visage mélancolique de sa sœur et, brusquement, elle s’arrêta.
D’ailleurs, quelle que fût sa confiance en son propre bon sens, elle avait l’instinct confus que ses paroles d’encouragement sonnaient faux. Elle n’était pas dépourvue de cœur, seulement très frivole et peu habituée à se désintéresser d’elle-même en faveur des autres.
Tout à coup, un désir sincère s’emparait d’elle de venir en aide à sa sœur, de lui montrer sa sympathie, autrement que par des mots vides. Elle cherchait dans sa pensée. Un souvenir lui traversa l’esprit.
— Oh ! Jeanne, n’ai-je pas entendu dire que tu souhaitais trouver pour Suzy des leçons ou une position d’institutrice ?
Mme Douvry eut un léger frémissement.
— Des leçons, oui ; il faut bien qu’elle apprenne à compter sur elle seule ! Mais, à aucun prix, je ne voudrais voir ma pauvre petite Suzy obligée d’accomplir cette dure tâche d’institutrice !