— Non, je comprends, fit Mme Arnay, conciliante. Mais il me vient une combinaison excellente à te proposer… Comment n’y ai-je pas songé plus tôt !… Ce serait parfait !… Écoute-moi, Jeanne… Tu connais lady Graham ?

— De nom ; je sais que vous l’attendiez au Castel quand Suzy en est partie.

Mme Arnay jeta un rapide coup d’œil sur sa sœur, croyant à une allusion voisine d’une épigramme, sur la façon brusque dont Suzy avait quitté le Castel. Mais Mme Douvry ne songeait guère à ces questions mesquines ; des intérêts trop sérieux l’occupaient.

Aussi Mme Arnay continua-t-elle allégrement :

— Eh bien, ma chère, lady Graham est une femme charmante, Américaine, immensément riche ! Son père possède quelque part, en Colombie, des mines d’émeraudes ou quelque chose d’approchant ! Elle a épousé un Anglais, lord Graham, qui est pour elle le meilleur des maris… Elle l’adore, il lui rend la pareille. C’est un ménage à faire encadrer, y compris leurs trois bébés dont l’aîné n’a guère plus de sept ans…

Ici, Mme Arnay dut s’arrêter une seconde, sa volubilité l’ayant rendue haletante… Sa sœur l’écoutait, surprise, se demandant à quoi allait aboutir cette biographie.

— M’expliqueras-tu, Charlotte…

— Mon Dieu, Jeanne, que tu es impatiente !… Donc, voici ce qu’il en est… Lord Graham se trouve obligé cet hiver de partir pour la Colombie, afin de visiter les fameuses mines, et lady Graham, désolée, pour distraire son veuvage, va passer l’hiver à Cannes, où elle aura beaucoup d’amis. Seulement, comme elle redoute la solitude de la vie quotidienne, elle m’a écrit, il y a une dizaine de jours, pour me demander si je ne pourrais lui découvrir une dame ou demoiselle de compagnie assez charmante pour l’aider à supporter l’absence de lord Graham, et Suzy…

Mme Douvry interrompit sa sœur avec une vivacité dont elle ne fut pas maîtresse.

— Je ne suppose pas, Charlotte, que tu veuilles sérieusement me proposer l’éloignement de Suzy ?…