Mme Arnay eut un regard étonné.

— Mais, ma chère, je n’ai jamais été plus sérieuse. Je me demande même comment je n’ai pas tout de suite songé à Suzy… Auprès de lady Graham, elle serait comme une amie, et, de plus, verrait sa présence largement rétribuée… Les appointements que m’indique lady Graham montrent une générosité princière…

— Charlotte, fit Mme Douvry dont la voix tremblait, il m’est pénible de t’entendre parler ainsi !

Mme Arnay la considéra stupéfaite. Sans doute, elle était une femme du monde accomplie, mais le tact venu du cœur lui faisait parfois défaut.

— Comme tu es étrange ! Jeanne… Que trouves-tu de pénible — pour employer ton mot — dans ma proposition ?… Je reconnais qu’il y a la séparation !… Mais enfin cinq ou six mois sont très vite passés !…

— Charlotte, si l’on te proposait d’envoyer Germaine au loin, accepterais-tu ?

Un geste d’impatience échappa à Mme Arnay… Quelle idée avait sa sœur de déplacer ainsi la question ! Pourquoi comparer Suzy et Germaine, dont les positions étaient si différentes ?

— J’espère, Jeanne, reprit-elle un peu nerveuse, que, dans ce cas, je serais assez raisonnable pour penser avant tout à l’intérêt de ma fille !

Mme Douvry ferma les yeux une seconde comme si elle se fût recueillie. Puis elle interrogea lentement :

— Tu trouves, Charlotte, qu’il serait de l’intérêt de Suzy qu’elle partît à Cannes ?