Et rapidement, convaincue, entassant raison sur raison, Mme Arnay se mit en devoir de faire connaître à Suzy quel heureux événement ce serait pour elle et pour sa famille, si elle accompagnait lady Graham à Cannes…
Attentive, le cœur battant, Suzy écoutait, secouée d’un sourd frisson de révolte à l’idée d’accepter une position dépendante, de devoir quelque chose à la sœur de cette Gladys Tuffton, l’amie de Germaine, la jeune fille si admirée de Georges de Flers !
Mais quand elle entendit qu’il s’agissait de cinq mois passés au loin, un cri lui échappa :
— Oh ! mère, vous ne voulez pas, n’est-ce pas ?… Jamais je ne pourrai vivre si longtemps séparée de vous !… Jamais, jamais !… Ne me dites pas d’accepter !…
Elle s’arrêta, le cœur gonflé d’émotion à tel point que des sanglots lui serraient la gorge.
— Ma chérie, ne t’agite pas ainsi, murmura tendrement Mme Douvry qui prit dans les siennes les mains tremblantes. Jamais je ne te demanderai de t’éloigner, si le sacrifice te semble trop douloureux ! Je t’ai parlé de la proposition de ta tante parce qu’elle présentait de bien grands avantages, mais…
— Oh ! maman, ne me faites pas voir ces avantages, je vous en supplie !… Je donnerai des leçons à Paris… Vous savez bien que Mme de Guernes m’en offre une première, les autres viendront ensuite !… Mais ne me dites pas d’aller vivre cinq mois dans une maison étrangère !
Ah ! le cri de Suzy répondait bien à celui de sa mère ! Un même élan jetait leurs deux cœurs l’un vers l’autre, et les raisonnables avis de Mme Arnay étaient, pour l’heure, lettre morte.
Elle le sentit et se leva, presque froissée. Elle trouvait absolument de rigueur que l’on suivît toujours les conseils dont elle daignait gratifier les êtres qui se trouvaient sur son passage, et en cela, elle ressemblait fort à son mari. De plus, à son point de vue, il était tout simple que ceux qui manquent de fortune fussent prêts à accepter, comme chose naturelle, les sacrifices entraînés par leur position.
Aussi dit-elle, l’accent bref :