— Je suis réellement une gentille petite dame ! Je ne croyais pas que je pourrais faire aussi bien !
Cette découverte l’amusa et la rendit un peu plus brave tandis qu’elle suivait la rue de Prony, presque déserte.
Pas tout à fait cependant ; car, en sens inverse de Suzy, un homme venait à ce moment, jeune, d’allure très élégante, le visage éclairé par une barbe blonde.
Il était à quelques pas de Suzy.
Par hasard, distraite, elle levé les yeux vers lui, et soudain une exclamation lui monta aux lèvres en reconnaissant Georges de Flers.
Elle put arrêter à temps un sourire heureux qui, indiscrètement, allait parler pour elle ; mais, avec impatience, elle sentit que le rose de ses joues s’avivait.
Son regard à lui avait eu une expression de plaisir mêlé de surprise. Parce qu’elle était seule, il paraissait se demander s’il ne se trompait pas, en croyant la reconnaître.
Mais son hésitation ne dura qu’une seconde. Les yeux bruns lumineux qui croisaient les siens étaient bien ceux de Suzy, dont il avait si souvent, au Castel, admiré l’éclat.
Très profondément, il s’inclina sur son passage. Elle, toujours sérieuse, dominée par le sentiment de sa jeune dignité, répondit par un petit signe de tête, d’une grâce un peu fière. Elle avait senti l’étonnement de Georges en ne la voyant pas accompagnée, et une impression pénible assombrissait pour elle le plaisir naïf qu’elle éprouvait de cette rencontre.
Surtout, elle était flattée de l’empressement qu’il avait mis à la saluer. Bientôt l’impression pénible s’effaça et le plaisir demeura seul, éclairant pour elle, la mélancolie de cette grise journée d’octobre.