Suzy dit un merci bref. Elle s’en voulait de ce que sa voix tremblait. Et elle monta lentement l’escalier pour avoir le temps de se calmer, un peu engourdie par l’ombre et la tiédeur chaude du vestibule, après le froid du dehors.

Mais si peu vite que ses pieds eussent effleuré les marches, elle parvint encore trop tôt devant une haute porte, dont les boiseries sombres détachaient leurs lignes sur les tentures plus claires de la muraille.

Son cœur battait toujours très fort, à tel point qu’elle aurait pu en compter les pulsations, et elle sentait ses joues brûlantes.

— Je vais être ridiculement rouge ! pensa-t-elle énervée. Je n’aurais jamais cru qu’il me fût possible d’avoir peur à ce point !… Maman, ma chérie, que je voudrais vous avoir avec moi !

Quelque chose comme des larmes lui montaient aux yeux.

Tout à coup, des pas retentirent en bas, dans le vestibule. Alors, elle craignit d’être surprise immobile devant cette porte close. Résolument, elle sonna.

Une seconde d’attente ; puis, dans l’écartement de lourdes draperies, apparut une figure correcte et impassible de valet de chambre.

— Mme de Vricourt reçoit-elle ?

— Madame va sortir. Mais si Madame veut me dire son nom ?

Suzy eut un imperceptible sourire à cette appellation « madame » qui ne lui avait guère été adressée. Une seconde même, amusée, elle oublia son émotion.