Puis elle tendit sa carte au domestique, avec le mot d’introduction qu’y avait écrit Mme de Guernes.

— Veuillez remettre cette carte à Mme de Vricourt, je vous prie.

Sa voix tremblait un peu. Il lui paraissait que c’était une autre qu’elle-même qui se trouvait dans cette antichambre étrangère. Elle avait la vision de la vraie Suzy qui, rieuse, jouait au tennis, sous l’ombrage des tilleuls, n’ayant pas dans la pensée de plus grande préoccupation que celle de gagner une partie… Cette heureuse Suzy avait-elle donc disparu à jamais ?…

Le domestique l’avait introduite dans un petit salon qui jouissait d’une apparence de musée en miniature, grâce aux œuvres d’art, bronzes, statues, tableaux qui s’y trouvaient dispersés dans un désordre savant, au milieu d’une profusion de plantes vertes.

Elle put à loisir contempler tous les bibelots de prix, ornant les tables et les étagères, car, au bout de dix minutes seulement, la porte du salon s’ouvrit sous la main d’une femme, petite, point jolie, une expression ennuyée sur son visage pâle.

Elle était en tenue de promenade ; une pelisse de lourde soie, à demi rejetée en arrière, dégageait ses épaules ; et, en entrant, sur une table, elle déposa un carnet armorié et ses gants.

Suzy s’était levée. Tout le jour tombant d’une haute fenêtre l’enveloppait.

La jeune femme lui adressa un léger salut, strictement poli, rien de plus. D’un rapide coup d’œil, plein de surprise, elle examinait Suzy, comme déroutée par son aspect, qui, sans doute, ne lui paraissait pas répondre à celui d’une jeune fille sans fortune, désireuse de trouver des leçons.

— C’est bien vous, mademoiselle, n’est-ce pas, qui m’êtes adressée par Mme de Guernes, une amie de ma belle-mère ?

— Oui, madame, fit Suzy le plus tranquillement qu’elle put.