— Vous êtes professeur de musique ? Y a-t-il longtemps que vous enseignez ?
La voix de la jeune femme était brève, un peu hautaine. La fierté de Suzy se réveilla au fond de son cœur. Mais elle se domina courageusement.
— Je n’ai jamais encore donné de leçons, madame. Jusqu’ici, j’ai travaillé pour mon propre compte et suivi les cours du Conservatoire. Mais des circonstances imprévues, cet hiver…
Elle s’arrêta une seconde. Son cœur s’était remis à battre très fort ; et il lui semblait que cette dédaigneuse jeune femme allait s’en apercevoir. Elle finit vite :
— Mais des circonstances imprévues me donnent le désir d’utiliser ce que je possède de talent ; et Mme de Guernes a bien voulu m’adresser à vous, madame.
— En effet, je cherche une personne qui puisse s’occuper de l’éducation musicale de mes deux fillettes. L’aînée a douze ans et joue déjà fort bien ! Seulement je crains, mademoiselle, que n’ayant jamais enseigné, vous manquiez un peu d’expérience. Je dois vous dire aussi que j’ai déjà quelques personnes en vue.
Le cœur de Suzy se serra… Sa mère souhaitait tant qu’elle réussît ! Et elle, Suzy, avait un tel désir d’adoucir les inquiétudes de Mme Douvry… Sans savoir pourquoi aussi, elle songea à Georges de Flers qui, cinq semaines plus tôt, se montrait si attentif auprès d’elle et accueillait comme une faveur le plus petit mot qu’elle lui adressait… Comme ce temps lui apparaissait lointain tout à coup.
Une émotion poignante lui serrait la gorge. Mais elle reprit pourtant :
— Je n’ai jamais, en effet, donné de leçons dans des maisons étrangères, madame. Mais j’ai deux petites sœurs dont j’ai toujours surveillé le travail.
— Ah ! vraiment !… Ainsi, vous n’êtes pas tout à fait novice !… Je vous demanderai alors, mademoiselle, quelles sont vos conditions.