— Je lis très facilement la musique, madame, fit Suzy, résignée à cet interrogatoire.

— Bon !… Alors, mademoiselle, serait-ce trop abuser de votre obligeance que de vous prier de vouloir bien déchiffrer devant moi quelques lignes ? Ma demande vous semble peut-être bizarre ; mais j’aime à me rendre compte par moi-même…

Un éclair s’alluma dans les yeux de Suzy ; et, dans ses veines, le sang se mit à courir très vite.

Mme de Vricourt parlait sans aucune intention blessante. Mais comme elle le disait : « Elle voulait se rendre compte. » En cette minute, elle avait un air d’homme d’affaires qui discute une entreprise.

— Je suis tout à votre disposition, madame, dit la jeune fille.

Mme de Vricourt s’inclina un peu, et l’ombre d’un sourire détendit ses lèvres.

— Je vous remercie, mademoiselle, et vais alors user de votre bonne grâce.

Rapidement, le geste fiévreux, Suzy enlevait ses gants et, toute droite, un peu hautaine, elle attendit debout auprès du piano, tandis que la jeune femme prenait un album et l’ouvrait au hasard.

Suzy s’était rapprochée. Elle jeta un coup d’œil sur la musique et dit, une vibration fière dans sa voix fraîche de jeune fille :

— Je connais ce Prélude de Chopin, madame, et ne pourrais, en le jouant, vous montrer comment je déchiffre… Voulez-vous me permettre d’en choisir un autre ?