— Rassurez-vous, mademoiselle, je n’ai nulle intention de mettre votre conscience à pareille épreuve. J’ai seulement voulu me rendre compte du bien-fondé de la recommandation de Mme de Guernes afin de pouvoir, à l’occasion, user de vos services. Mais, en effet, mes arrangements sont pris, et je crois préférable de n’y rien changer.
Les deux femmes se tenaient debout l’une auprès de l’autre, Suzy dominant de toute la tête cette petite femme maladive qu’elle écrasait de l’éclat de sa belle jeunesse.
Mme de Vricourt le sentit peut-être. Elle s’écarta de Suzy et, prenant sur la table son carnet et ses gants, se dirigea vers la pièce voisine du salon.
— Je ne veux pas abuser davantage de votre temps, mademoiselle, et vous remercie de m’avoir mise à même de vous entendre, fit-elle avec un léger signe de tête d’adieu.
Elle soulevait la portière de son appartement sans paraître songer le moins du monde à reconduire la jeune fille.
M. de Vricourt le remarqua sans doute, car il s’avança et ouvrit la porte du salon devant Suzy.
Son attitude était froide mais absolument courtoise. Lui, traitait Suzy en femme du monde, non pas en humble professeur salarié, reçu comme un inférieur.
Durant une minute, une détente se fit en elle et, soudain, toute sa bonté délicate la domina, lui inspirant le regret d’avoir blessé Mme de Vricourt par sa trop franche réponse. Jamais elle ne pouvait supporter de sentir quelqu’un irrité contre elle.
Alors, comme M. de Vricourt l’accompagnait jusqu’au seuil de l’appartement, elle s’arrêta, redevenue tout à coup la petite Suzy du Castel, et, par un de ces retours spontanés qui lui donnait tant de charme, elle dit anxieuse :
— Je crains d’avoir froissé Mme de Vricourt, il y a un instant. S’il en est ainsi, voulez-vous, monsieur, la prier de croire à tout mon regret ?