Alors, lady Graham se pencha vers Mme Arnay, et, d’une voix plus basse, lui demanda :
— Croyez-vous que ce refus de Mlle Douvry soit irrévocable ? Je la trouve si charmante que j’ai bonne envie d’aller moi-même plaider ma cause auprès d’elle. Je ne pourrais, je suis sûre, trouver une plus agréable société !… Et puis, votre nièce !… Voulez-vous me permettre d’essayer une tentative ?
— Oh ! bien volontiers !… Vous rendriez à Suzy un grand service en la décidant !
Suzy suivait, anxieuse, les mouvements de la jeune femme, ayant l’instinct qu’il s’agissait d’elle dans ses paroles.
Elle tressaillit quand elle vit lady Graham s’approcher.
— Mademoiselle, voulez-vous me faire la grâce de m’accorder une minute d’audience, bien que je sois une étrangère pour vous ? dit la jeune femme.
Son sourire avait quelque chose de cordial qui attira Suzy.
— Je suis tout à vous, madame, fit-elle suivant lady Graham un peu à l’écart, sous l’abri d’un immense palmier.
La jeune femme sembla hésiter, comme se demandant de quelle façon il lui valait mieux adresser sa requête. Mais il n’était ni dans sa nature ni dans ses habitudes de pratiquer l’indécision, et, de sa manière franche, elle demanda :
— Est-il vrai, mademoiselle, que vous ne vouliez pas venir avec moi à Cannes ? Si vous me le permettiez, je vous demanderais pourquoi, afin que nous voyions ensemble s’il m’est vraiment impossible d’avoir le plaisir de vous emmener ? Car vous allez me trouver bien… bien…