Elle chercha le mot.
— Bien audacieuse… non, présomptueuse… c’est ainsi que l’on dit ?… bien présomptueuse, mais il me semble que toutes deux, nous nous entendrions fort !… Ne croyez-vous pas ?
Le visage de Suzy s’éclaira un peu.
— Je pense que oui, fit-elle.
Sa voix tremblait. Elle comprenait que l’heure était venue où il fallait prendre une résolution.
— Mais je ne sais comment je pourrais vivre loin de la maison !… C’est pourquoi, madame, j’avais repoussé toute idée de vous être présentée…
Spontanément, lady Graham saisit, dans sa grande et belle main, la petite main de Suzy.
— J’aime beaucoup mon home et je comprends combien il vous serait dur d’être loin du vôtre… Mais quelques mois sont vite passés et je suis sûre que vous ne vous ennuieriez pas ! Je ferais, d’ailleurs, de mon mieux pour vous adoucir le regret d’avoir quitté votre famille !… Ne pensez-vous pas qu’avec un peu de courage, vous pourriez vous décider ?…
Ah ! oui, du courage !… La pauvre Suzy rassemblait toute son énergie, car elle sentait qu’il ne lui fallait pas repousser lady Graham. Elle aurait voulu se voir soutenue ! Et ni Germaine, ni ses amies, ni Mme Arnay ne songeaient à elle…
Georges de Flers, lui, la regardait et pensait qu’elle lui fournirait le sujet d’un joli tableau de genre, ainsi posée, sa fine silhouette découpée sur l’or pale d’une portière.