Mais Suzy ne savait pas ce que pensait Georges Elle vit seulement une expression d’intérêt sur son visage, et elle ne se sentit plus aussi isolée.

Tout près d’elle, lady Graham attendait sa réponse avec une patience méritoire, eu égard à ses habitudes de femme dont le moindre caprice était toujours satisfait.

Suzy comprit qu’il fallait parler. Ses cils eurent un battement rapide ; et de sa voix cristalline, le ton résolu et lent, elle répondit :

— Avant de vous connaître, madame, il me paraissait impossible de partir ! Mais, maintenant, ce voyage me fait moins peur, et… et, je veux bien aller avec vous !

— Oh ! mademoiselle ! Quelle bonne réponse !… Vous ne sauriez croire le plaisir que vous me faites ! C’est une amie, veuillez en être certaine, que j’aurai tout l’hiver auprès de moi !

Suzy entendait à peine lady Graham, étourdie par la pensée que le pas décisif était franchi ; sous ses paupières baissées, de grosses larmes montaient. Elle avait tout à coup envie de s’enfuir de ce milieu indifférent, de se retrouver dans le cher home qu’elle allait bientôt quitter.

La voix de Georges arriva jusqu’à elle.

— Je ne voulais pas partir, mademoiselle, sans vous adresser mes hommages, dit-il, s’inclinant respectueusement devant elle.

Comme il relevait la tête, leurs yeux se croisèrent et ceux de la jeune fille, si rieurs quelques instants plus tôt, avaient pris une telle expression de chagrin, qu’une exclamation involontaire vint à Georges.

— Qu’y a-t-il ? Pourquoi êtes-vous triste ? mademoiselle Suzanne.