Un petit « merci » tremblant monta aux lèvres de Suzy, et soudain l’amertume de son prochain exil ne l’étreignit plus aussi poignante…
VII
Ce fut, par hasard, en venant comme d’ordinaire, un soir, chez Mme Douvry, qu’André Vilbert apprit comment Suzy allait bientôt quitter Paris.
Toute l’après-midi, la jeune fille était sortie avec lady Graham, qui s’était prise pour elle d’une chaude et réelle sympathie. Attristée par le départ de son mari pour l’Amérique, la jeune femme eût voulu déjà posséder Suzy auprès d’elle. Sans cesse elle la demandait, désireuse d’avoir une compagne pendant les innombrables courses qu’elle faisait à Paris ; et Mme Douvry se résignait à cette séparation anticipée afin que Suzy, au moment du départ, ne vît plus une étrangère dans lady Graham.
Ensemble, ce jour-là, lady Graham et Suzy avaient fait une longue station chez Worth, où Suzy même avait été appelée à donner son avis sur les modèles proposés par M. Jean, le grand couturier.
Puis, elle avait vu, chez une célébrité d’un autre genre, lady Graham essayer sur ses cheveux fauves une succession de grands et de petits chapeaux seyants, tous d’une originalité et d’un prix également remarquables, parmi lesquels elle faisait son choix avec sa vivacité habituelle, sans ombre de coquetterie.
Ensuite, avait suivi une station chez un libraire du boulevard, où la jeune femme avait fait provision de livres de toute sorte, les uns très sérieux, les autres passablement frivoles, voire même pimentés à l’occasion. Mais en même temps, elle avait exigé que Suzy fît un choix pour son propre usage : et cela, d’un accent si amical, que Suzy, en dépit de sa fierté un peu ombrageuse, n’avait pas refusé.
Alors, elles étaient revenues pour le five o’clock, chez lady Graham, où Suzy avait retrouvé Georges de Flers, — un des habitués du salon de la jeune femme, — au milieu d’une société mi-française, mi-anglaise, qui l’avait fort bien accueillie.
Aussi, un peu grisée par l’animation de sa journée, elle oubliait un moment l’amertume du départ dont douze jours à peine le séparaient, et sa causerie était vive, amusante, semée d’exclamations, à mesure qu’elle réveillait les souvenirs de sa promenade.
André, comme toujours, l’écoutait silencieusement.