— Je vous regretterai beaucoup plus que vous ne le pensez !
Oh ! oui, cet éloignement de Suzy était, pour lui, un coup bien rude ! Et si inattendu…
Mais il n’en eut pleine conscience qu’en se retrouvant dans la solitude de sa modeste chambre, qui lui sembla affreusement triste…
Pourtant, d’habitude, il en aimait l’aspect presque monacal. Mais, ce soir-là, il jeta un regard indifférent sur ses auteurs préférés, les fidèles amis des longues soirées d’hiver, sur ses dessins, dont plusieurs étaient d’une remarquable beauté, sur ses essais de critique d’art, qu’il écarta d’un geste impatient.
Il prit un grand portefeuille et l’ouvrit. Des croquis s’y trouvaient, la plupart inachevés, représentant toujours Suzy dans les attitudes où elle lui avait paru le plus charmante ; et de tous, elle se détachait singulièrement vivante.
Chacune de ces esquisses rappelait à André le souvenir d’un moment passé près d’elle. Alors, cet hiver, sur ces froides images seules, il pourrait la revoir : elle allait partir…
Quand il reviendrait dans le petit salon aux tentures d’Orient, il trouverait encore les garçons installés dans l’angle de la pièce, penchés sur la table où, le soir, ils travaillaient. Les deux jumelles montreraient toujours leurs petites têtes ébouriffées, continuellement tournées vers le beau visage fatigué de leur mère. Et Mme Douvry occuperait sa place habituelle près de la lampe, courbée sur son ouvrage, attentive à distraire les rêveries sombres de son mari…
Oui, tous seraient là… Tous, excepté elle, Suzy !…
Quand il entrerait, il ne verrait plus se lever vers lui les deux chères prunelles brunes dont il éprouvait tant de douceur à rencontrer l’éclair. Le piano de Suzy resterait fermé. Elle n’animerait plus le salon de sa vivacité jeune, du chant de sa voix.
Est-ce que c’était possible, une chose pareille ?