— Mademoiselle Suzanne, pourquoi pleurez-vous ?
Elle ne bougea pas, trop absorbée pour remarquer son accent. Mais elle sentit la chaleur de sa bonté, de l’affection qu’il lui portait et elle murmura, fermant les yeux d’un mouvement de fatigue :
— Cela me fait tant de chagrin de partir ! Mais je ne puis pas le dire ; maman ne voudrait plus me laisser aller et je dois… oh ! oui, réellement !… Je dois accompagner lady Graham à Cannes ! je crois que c’est mon devoir !
En dépit de ses efforts, sous les cils baissés, deux larmes glissèrent encore.
Alors un grand souffle d’émotion s’éleva dans l’âme d’André, emportant en une minute, ses résolutions de silence, son austère sagesse, ainsi qu’un vent de tempête balaie des feuilles mortes, dans un tourbillon.
La voix frémissante, il dit presque bas, comme effrayé de son audace :
— Si vous le vouliez, mademoiselle Suzy, il est un moyen que vous restiez.
— Un moyen ? oh ! dites, dites ! fit-elle passionnément.
— Mademoiselle Suzy, murmura-t-il d’un accent que l’émotion brisait, voulez-vous être ma femme ?
D’un bond, elle fut debout, le regardant bien en face, stupéfaite, ses pleurs séchés, oublieuse de tout, devant l’intensité de surprise qu’elle éprouvait.